Remaniement : vers un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement ?

Remaniement : vers un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement ? REMANIEMENT MINISTERIEL - Avec la crise des gilets jaunes, la nomination d'un nouveau Premier ministre chargé de former un nouveau gouvernement est-elle envisageable ? En coulisses en tout cas, la gestion de crise de Matignon et de l'Elysée inquiète...

Edouard Philippe survivra-t-il au mouvement des gilets jaunes ? Faut-il un remaniement gouvernemental pour mettre fin à cette crise qui dure ? Plusieurs fois depuis la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle, le gouvernement aura connu des crises et des soubresauts. Mais il semble cette fois que l'exécutif se trouve devant le premier grand mouvement social du quinquennat. Et quel mouvement ! De simple grogne contre la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier 2019, le mouvement des gilets jaunes a pris depuis le visage d'une colère bien plus profonde et bien plus large, parfois celui d'une révolte violente contre le pouvoir, voire d'une révolution, en tout cas dans les yeux de certains de ses leaders. Alors que la France est en alerte rouge avant l'acte 4 des manifestations, le samedi 8 décembre, et que de nombreuses violences sont attendues, la question d'un remaniement ministériel en profondeur est posée ici et là.

Il y a évidemment les plus radicaux des gilets jaunes, qui appellent à renverser le gouvernement et même à "marcher sur l'Elysée". Mais au sein même des institutions, la question d'un remaniement semble devenir elle aussi de plus en plus légitime. Plusieurs fois, la crise a fait apparaître des tensions entre l'Elysée et Matignon. Selon Le Monde et d'autres médias, Emmanuel Macron aurait par exemple prévu de céder à l'une des revendications - le gel de la hausse des taxes sur les carburants - dès son discours du 27 novembre, mais aurait renoncé à l'annoncer au dernier moment. La faute à un Edouard Philippe "droit dans ses bottes" diront certains... Le mardi 4 décembre, à l'issue d'un week-end d'une violence rare dans l'histoire de la Ve République, le locataire de Matignon se résout finalement à annoncer un "moratoire" sur la hausse de la taxe si décriée. Insuffisant et trop tard pour les gilets jaunes qui reprennent leurs appels à manifester de plus belle.

Une série de couacs annonçant un remaniement ?

Le 5 décembre, les couacs et les approximations se multiplient, fragilisant encore un peu plus le Premier ministre. La secrétaire d'Etat en en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, évoque un retour de l'ISF, tandis qu'Edouard Philippe indique à l'Assemblée que la taxe carbone pourrait être supprimée à l'issue d'une concertation annoncée la veille... Il faudra que l'Elysée communique le jour même pour corriger le tir : non, l'ISF ne sera pas rétabli et oui, la taxe carbone est purement et simplement annulée. Une intervention qui sonne comme un désaveu pour le chef du gouvernement.

En tardant a faire des concessions, en optant pour des "annonces approximatives, très techniques" et en menant une "gestion tiédasse" du conflit, Edouard Philippe se serait en outre mis l'opinion à dos, selon un député de la majorité cité dans le Parisien. Un journal qui évoque aussi ce vendredi 7 décembre des "tensions" avec l'Elysée, ou tout au plus "de la friture sur la ligne". Chez certains macronistes pur jus, on n'hésite d'ailleurs plus parfois à pointer Edouard Philippe comme responsable de la situation et comme un boulet pour le chef de l'Etat.

Il suffirait donc d'une nouvelle journée de mobilisation et de violences pour qu'Emmanuel Macron joue la carte du remaniement et utilise Edouard Philippe comme fusible, comme l'ont fait d'autres présidents avant lui. Mais pour l'instant, le remaniement ministériel n'a pas encore été envisagé, ni de manière officielle, ni même en coulisses. Selon le Parisien toujours, qui cite des conseillers en "off", "l'urgence, ce n'est de toute manière pas le remaniement, mais bel est bien la sortie de crise". Et de citer un marcheur de la première heure sous couvert d'anonymat : "Un remaniement maintenant, en pleine crise, ce serait catastrophique".

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Remaniement : Edouard Philippe nommé le 15 mai 2017

Edouard Philippe a été nommé Premier ministre le 15 mai 2017, au lendemain de la prise de fonction officielle d'Emmanuel Macron à l'Elysée. Maire du Havre jusqu'ici, Edouard Philippe était depuis plusieurs jours pressenti à Matignon pour ce remaniement très attendu de début de quinquennat. Issu des Républicains, très proche d'Alain Juppé depuis des années, il avait pris ses distances avec la campagne de François Fillon lors de la présidentielle puis s'était tenu suffisamment à l'écart de la campagne pour apparaître comme trop ancré dans un camp ou l'autre. Encore méconnu du grand public en mai 2017, présenté comme un élu de terrain qui n'avait jamais exercé de fonction ministérielle, Edouard Philippe avait l'avantage de faire partie de cette droite "Macron-compatible", qu'on appellera bientôt "les Constructifs", tout en incarnant, à 47 ans, le renouveau de la classe politique appelée de ses voeux par Emmanuel Macron. Dès le 15 mai 2017, Edouard Philippe est donc chargé par Emmanuel Macron de former un nouveau gouvernement.

Remaniement : Macron chargé des nominations

Le premier gouvernement d'Emmanuel Macron, le gouvernement Philippe 1, sera nommé le 17 mai 2017. L'annonce du nouveau gouvernement ne se fait pas à Matignon. Même si le chef du gouvernement est bien le Premier ministre, ce dernier n'a officiellement qu'un pouvoir de proposition lors des remaniements. C'est sur la décision du chef de l'Etat Emmanuel Macron que les nominations doivent avoir lieu. Selon la constitution, c'est bien en effet le président qui nomme le gouvernement, "sur proposition" de son Premier ministre. C'est donc sur le perron du palais présidentiel que le secrétaire général de l'Elysée prend traditionnellement la parole et donne officiellement la liste des ministres qui composent le nouveau gouvernement. Le plus souvent ces derniers mois, les remaniements ont néanmoins eu lieu par le biais de communiqués de l'Elysée.

Remaniement du gouvernement : chronologie

Plusieurs membres de l'équipe ministérielle ont été remplacés au fil des mois par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, donnant lieu à des remaniements, parfois importants, souvent techniques, mais chacun après une crise significative au sommet de l'Etat. Dès le début du quinquennat, les Modem François Bayrou et Marielle de Sarnez, mais aussi le fidèle macroniste (devenu depuis président de l'Assemblée) Richard Ferrand sont obligés de quitter le gouvernement, visés par des enquêtes de la justice. Les deux premiers sont soupçonnés pour de présumés emplois fictifs au Parlement européen, le troisième pour l'affaire dite des "Mutuelles de Bretagne".

Remaniement ministériel du 21 juin 2017. Après les législatives, il est de coutume que le gouvernement présente sa démission. Celle qui a suivi les législatives de juin 2017 sera déjà l'occasion de faire des "ajustements". Le 21 juin, le garde des Sceaux et ministre d'Etat François Bayrou est remplacé par Nicole Belloubet, tandis que Marielle de Sarnez, chargée des Affaires européennes, cède sa place à Nathalie Loiseau. La ministre des Armées, Modem elle aussi, Sylvie Goulard, est remplacée par Florence Parly. Richard Ferrand, éphémère ministre de la Cohésion des Territoires, cède sa place à Jacques Mézard. Ce dernier, qui était déjà au gouvernement, sera remplacé à l'Agriculture par Stéphane Travert un autre petit nouveau dans ce gouvernement Philippe 2.

Remaniement ministériel du 24 novembre 2017. Christophe Castaner, jusqu'ici ministre des Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement, quitte cette seconde fonction. Il vient en effet d'être élu délégué général de la République en Marche, le partir présidentiel. Il sera remplacé au porte-parolat par Benjamin Griveaux, qui était auparavant secrétaire d'Etat auprès de Bruno Le Maire à Bercy. Delphine Gény-Stephann entre ainsi au gouvernement, auprès du ministre de l'Economie. L'ancien socialiste Olivier Dussopt profite aussi de ce mini-remaniement pour devenir secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

Remaniement ministériel du 4 septembre 2018. Le 28 août 2018, à quelques jours de la rentrée, Nicolas Hulot annonce sur France Inter sa démission du gouvernement. Peu écouté dans son ministère de Transition, victime d'arbitrages défavorables et "malheureux" ou "mal à l'aise" dit-on dans ses fonctions, l'ancien animateur de TF1 quitte le navire par surprise envoyant un cinglant signal d'alarme pour la planète. C'est le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, ancien membre d'EELV qu'il avait quitté en 2016, qui est nommé ministre de l'Environnement. Ce remaniement ministériel, petit par la taille, mais lourd politiquement, voit également Laura Flessel, démissionner, par surprise elle aussi. L'ancienne escrimeuse est remplacée par une ancienne nageuse, Roxana Maracineanu, au ministère des Sports.

Remaniement ministériel du 16 octobre 2018. C'est une autre démission surprise qui est à l'origine du remaniement d'octobre 2018. Cette fois, c'est rien de moins que le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, premier des soutiens politiques d'Emmanuel Macron, qui claque la porte le 3 octobre. Echaudé par l'affaire Benalla qui a pourri l'été de l'exécutif, Gérard Collomb avait indiqué sa volonté d'être candidat aux municipales à Lyon, la ville qu'il a dirigée pendant des années, avant d'entrer au gouvernement. Ministre d'Etat, premier dans l'ordre protocolaire après Edouard Philippe, Gérard Collomb va dès lors insister pour quitter le gouvernement, malgré le refus officiel et catégorique de l'Elysée. Un camouflet pour Emmanuel Macron. Après un long intérim d'Edouard Philippe et une période de flottement, il est finalement remplacé à Place Beauvau par Christophe Castaner.Ce remaniement modifie un peu plus profondément le gouvernement avec l'arrivée de Franck Riester au ministère de la Culture en remplacement de Françoise Nyssen, de Didier Guillaume à l'Agriculture à la place de Stéphane Travert, de Jacqueline Gourault à la Cohésion des territoires en remplacement de Jacques Mézard. Delphine Gény-Stephann, elle, quitte d'éjà ce nouveau gouvernement. D'autres ajustements auront lieu dont les nominations de nouveaux secrétaires d'Etat : Gabriel Attal à l'Education, Laurent Nuñez à l'Intérieur, Christelle Dubos aux Solidarités et à la Santé, Agnès Pannier-Runacher à l'Economie et Emmanuelle Wargon à l'Ecologie.

Liste des ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement Philippe 3

  • Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur : Christophe Castaner
  • Ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire : François de Rugy
  • Garde des Sceaux, ministre de la Justice : Nicole Belloubet
  • Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères : Jean-Yves Le Drian
  • Ministre des Armées : Florence Parly
  • Ministre des Territoires : Jacqueline Gourault
  • Ministre des Solidarités et de la Santé : Agnès Buzyn
  • Ministre de l'Economie et des Finances : Bruno Le Maire
  • Ministre de la Culture : Franck Riester
  • Ministre du Travail : Muriel Pénicaud
  • Ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse : Jean-Michel Blanquer
  • Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation : Didier Guillaume
  • Ministre de l'Action et des Comptes publics : Gérald Darmanin
  • Ministre des Outre-mer : Annick Girardin
  • Ministre des Sports : Roxana Maracineanu
  • Ministres sous tutelle :
  • Ministre chargé des Relations avec le Parlement : Marc Fesneau
  • Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation : Frédérique Vidal
  • Ministre chargée des Transports : Elisabeth Borne
  • Ministre chargée des Affaires européennes : Nathalie Loiseau
  • Ministre en charge des Collectivités : ébastien Lecornu
  • Ministre en charge de la Ville et du Logement : Julien Denormandie
  • Les secrétaires d'Etat
  • Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur : Laurent Nuñez
  • Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances : Mounir Mahjoubi
  • Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances : Agnès Pannier-Runacher
  • Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique : Emmanuelle Wargon
  • Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique : Brune Poirson
  • Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé : Christelle Dubos
  • Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education : Gabriel Attal
  • Secrétaire d'Etat auprès du ministre l'Europe et des Affaires étrangères : Jean-Baptiste Lemoyne
  • Secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes : Marlène Schiappa
  • Secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées : Sophie Cluzel
  • Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées : Geneviève Darrieussecq
  • Secrétaire d'Etat, porte-parole : Benjamin Griveaux

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